Le droit des procédures collectives est particulièrement lésionnaire pour les intérêts des créanciers. Il vaut donc mieux solder au plus vite ses contrats avec un débiteur que l'on sent sur le déclin. Parfois l'on n'a d'autre choix que de constater qu'il est impossible de recouvrer une créance. Dans ce cas, la question de déclencher une procédure collective se pose en termes d'opportunité.
Si vous êtes débiteur, mieux vaut se déclarer en cessation
des paiements avant qu'il ne soit trop tard (voir ci-dessous).
Si vous êtes créancier, commencez par surveiller votre
débiteur avant de déclencher une procédure qui risque
de profiter à d'autres que vous (surtout les créanciers
privilégiés).
Surveiller un débiteur
20 % des faillites étant dues à la défaillance d'un client, il convient, afin d'éviter un phénomène de défaillance en chaîne, de surveiller non seulement ses débiteurs, mais également leurs propres débiteurs. Ce qui peut être fait à distance moyennant peu de frais, en se procurant les renseignements légaux.
Où s'adresser ?
Internet : le site de référence est www.societe.com (INPI), site d'information juridique des entreprises, qui vous fournit gratuitement un extrait de publication (K bis), et moyennant paiement communication d'un fac-simile des documents, notamment financiers, de toute entreprise immatriculée. Service gratuit d'alerte par e-mail de l'ouverture d'une procédure collective, très appréciable).
Minitel : Infogreffe (36 29 11 11) ou Euridile (36 17). Lent, cher, à déconseiller.
Le greffe du tribunal : payant, mais indispensable pour être certain de l'exactitude des éléments fournis (les bases Internet recèlent des bugs). C'est aussi l'élément probant par excellent en phase judiciaire.
Les détectives et autres services privés d'investigation sur les entreprises. Ils sont pléthore, et leur qualité varie.
Il existe également des banques de données, une presse spécialisée, des syndicats professionnels, mais vous pouvez également mettre à contribution les services commerciaux ou comptables du débiteur.
Nota : les établissements bancaires étant tenus au secret professionnel, il est difficile de se procurer les coordonnées des comptes d'un débiteur pour effectuer une saisie. De plus, les renseignements que l'on obtient d'une banque sont par définition vagues et non compromettants : donc inefficaces.
Que vérifier ?
Si votre débiteur donne des signes alarmants de déconfiture prochaine, passez à l'étape suivante.
Déclencher la procédure
En théorie, une entreprise qui se sait dans l'impossibilité de faire face à ses dettes exigibles doit déposer son bilan (sous peine de faillite personnelle ou d'impossibilité de gérer du dirigeant). En pratique, la moitié des entreprises tentent jusqu'au bout de subsister ; c'est au alors au créancier qu'il appartient de déclencher la procédure.
Il est à noter qu'aucun dirigeant n'a réellement intérêt à maintenir à flot artificiellement sa société, le droit étant protecteur des débiteurs redressés. Les considérations de fierté personnelle sont en ce cas plus nuisibles que bénéfique. Ils peuvent conduire à une liquidation directe, alors qu'un redressement eût été possible.
Quand déclencher ?
L'entreprise doit être en état de cessation
des paiements.
D'après la loi, elle doit être "dans l'impossibilité
de faire face au passif exigible avec son actif disponible" (art. L
612-1).
On ne raisonne donc pas en terme de patrimoine global de l'entreprise, mais
de capacité à honorer les dettes. Une entreprise peut
posséder d'importants actifs immobilisés mais se retrouver
dépourvue de liquidités. La procédure judiciaire a notamment
pour objet d'éviter le basculement dans une spirale d'endettement
(dimension préventive). Mais en raison de sa lourdeur, des règles
de contrôle sont prévues ; il s'agit d'éviter que les
créanciers ne fassent du chantage au redressement judiciaire.
L'état de
cessation des paiements est présumé (et n'a pas à être
prouvé) si l'entreprise a cessé ses activités (mention
figurant au Kbis).
Quand il constate
son état de cessation des paiements, le dirigeant d'une entreprise
a 15 jours pour déposer son bilan par déclaration au greffe
du tribunal de commerce du ressort de son entreprise. A défaut il
engage sa responsabilité.
Si vous êtes
créancier d'une société en état de cessation
des paiements les choses sont plus complexes. Il peut être
préférable de négocier des délais de paiement
:
En revanche si vous êtes nanti d'un titre ou d'une sûreté, vous avez tout intérêt à assigner en redressement votre débiteur, après un commandement de payer resté sans effet.
Si sa situation n'est pas définitivement compromise, il préférera sans doute vous régler, quitte à liquider quelques actifs, que de subir une procédure collective. En 1992, près de la moitié des assignations en redressement se soldaient ainsi par une radiation pour cause d'accord des parties.
| Résultat des demandes d'ouverture d'une procédure
collective (affaires terminées en 1992) (1) |
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|---|---|---|
Mode de saisine |
Sur 100 dépôts de bilan |
Sur 100 assignations |
Jugement d'ouverture |
98,1 |
41,5 |
| (1) Etude publiée dans Infostat-justice
(n°39, nov. 1994) et la Semaine juridique (1995, V, p. 5) (2) Ces radiations interviennent à la demande des parties, ou comme suite au désistement du créancier poursuivant |
||
Attention
: si vous transigez avec votre débiteur après l'avoir
assigné en redressement, veillez à informer le tribunal de
la survenance d'une transactions et à solliciter la radiation. Faute
de quoi la procédure collective sera lancée à tort,
et vous serez condamné aux frais et dépens qui en
résulteront.
Comment déclencher la procédure ?
Par voie d'assignation auprès du tribunal de commerce du ressort de votre débiteur ; consultez votre avocat, car plusieurs conditions doivent être respectées à peine d'engagement de votre responsabilité :