Déclencher la procédure : par qui, pourquoi, comment ?

Le droit des procédures collectives est particulièrement lésionnaire pour les intérêts des créanciers. Il vaut donc mieux solder au plus vite ses contrats avec un débiteur que l'on sent sur le déclin. Parfois l'on n'a d'autre choix que de constater qu'il est impossible de recouvrer une créance. Dans ce cas, la question de déclencher une procédure collective se pose en termes d'opportunité.

Si vous êtes débiteur, mieux vaut se déclarer en cessation des paiements avant qu'il ne soit trop tard (voir ci-dessous).
Si vous êtes créancier, commencez par surveiller votre débiteur avant de déclencher une procédure qui risque de profiter à d'autres que vous (surtout les créanciers privilégiés).

Surveiller un débiteur

20 % des faillites étant dues à la défaillance d'un client, il convient, afin d'éviter un phénomène de défaillance en chaîne, de surveiller non seulement ses débiteurs, mais également leurs propres débiteurs. Ce qui peut être fait à distance moyennant peu de frais, en se procurant les renseignements légaux.

Où s'adresser ?

Que vérifier ?

Si votre débiteur donne des signes alarmants de déconfiture prochaine, passez à l'étape suivante.

Déclencher la procédure

En théorie, une entreprise qui se sait dans l'impossibilité de faire face à ses dettes exigibles doit déposer son bilan (sous peine de faillite personnelle ou d'impossibilité de gérer du dirigeant). En pratique, la moitié des entreprises tentent jusqu'au bout de subsister ; c'est au alors au créancier qu'il appartient de déclencher la procédure.

Il est à noter qu'aucun dirigeant n'a réellement intérêt à maintenir à flot artificiellement sa société, le droit étant protecteur des débiteurs redressés. Les considérations de fierté personnelle sont en ce cas plus nuisibles que bénéfique. Ils peuvent conduire à une liquidation directe, alors qu'un redressement eût été possible.

Quand déclencher ?

L'entreprise doit être en état de cessation des paiements.
D'après la loi, elle doit être "dans l'impossibilité de faire face au passif exigible avec son actif disponible" (art. L 612-1).
On ne raisonne donc pas en terme de patrimoine global de l'entreprise, mais de capacité à honorer les dettes. Une entreprise peut posséder d'importants actifs immobilisés mais se retrouver dépourvue de liquidités. La procédure judiciaire a notamment pour objet d'éviter le basculement dans une spirale d'endettement (dimension préventive). Mais en raison de sa lourdeur, des règles de contrôle sont prévues ; il s'agit d'éviter que les créanciers ne fassent du chantage au redressement judiciaire.

L'état de cessation des paiements est présumé (et n'a pas à être prouvé) si l'entreprise a cessé ses activités (mention figurant au Kbis).

Quand il constate son état de cessation des paiements, le dirigeant d'une entreprise a 15 jours pour déposer son bilan par déclaration au greffe du tribunal de commerce du ressort de son entreprise. A défaut il engage sa responsabilité.

Si vous êtes créancier d'une société en état de cessation des paiements les choses sont plus complexes. Il peut être préférable de négocier des délais de paiement :

En revanche si vous êtes nanti d'un titre ou d'une sûreté, vous avez tout intérêt à assigner en redressement votre débiteur, après un commandement de payer resté sans effet.

Si sa situation n'est pas définitivement compromise, il préférera sans doute vous régler, quitte à liquider quelques actifs, que de subir une procédure collective. En 1992, près de la moitié des assignations en redressement se soldaient ainsi par une radiation pour cause d'accord des parties.

Résultat des demandes d'ouverture d'une procédure collective
(affaires terminées en 1992) (1)

Mode de saisine

Sur 100 dépôts de bilan

Sur 100 assignations

Jugement d'ouverture
Rejets de la demande
Radiations (2)
Autres

98,1
0,4
0,7
0,8

41,5
3,1
48,6
6,8

(1) Etude publiée dans Infostat-justice (n°39, nov. 1994) et la Semaine juridique (1995, V, p. 5)
(2) Ces radiations interviennent à la demande des parties, ou comme suite au désistement du créancier poursuivant

Attention : si vous transigez avec votre débiteur après l'avoir assigné en redressement, veillez à informer le tribunal de la survenance d'une transactions et à solliciter la radiation. Faute de quoi la procédure collective sera lancée à tort, et vous serez condamné aux frais et dépens qui en résulteront. 

Comment déclencher la procédure ?

Par voie d'assignation auprès du tribunal de commerce du ressort de votre débiteur ; consultez votre avocat, car plusieurs conditions doivent être respectées à peine d'engagement de votre responsabilité :


© Serge DIEBOLT - Avocat à la Cour - "Droit pour Tous" - 2003