La reconduite à la frontière

Définition | Cas | Pays de renvoi | Protection | Notification | Recours | Déroulement | Effets | Sanctions

  • De quoi s'agit-il ?
    • c'est une décision par laquelle le préfet (à Paris, le préfet de police) vous oblige à quitter le territoire français
    • il s'agit d'un arrêté préfectoral qui peut être immédiatement exécuté, sauf si vous formez un recours contre cet arrêté
    • quelques chiffres sur la reconduite à la frontière

  • Dans quels cas pouvez-vous être reconduit à la frontière ? Dans les cas suivants  (article L 511-1 du CESEDA):
    • vous ne pouvez pas justifier être entré régulièrement sur le territoire français, à moins que vous ne disposiez d'un titre de séjour en cours de validité (sauf autorisation provisoire de séjour)
    • vous vous êtes maintenu sur le territoire au-delà de la durée de validité de votre visa ou, si vous n'êtes pas soumis à l'obligation de visa, après l'expiration d'un délai de 3 mois à compter de votre entrée en France, sans être titulaire d'un premier titre de séjour régulièrement délivré
    • si vous avez fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français executoire prise depuis au moins un an
    • si pendant la période de validité du visa ou, en cas de dispense pendant la période de trois mois suivant l'entrée en France, votre comportement a constitué une menace pour l'ordre public
    • si pendant la période de validité du visa ou, en cas de dispense pendant la période de trois mois suivant l'entrée en France, vous avez exercé une activité professionnelle salariée sans autorisation
    • vous n'avez pas demandé le renouvellement de votre titre de séjour temporaire et si vous vous êtes maintenu sur le territoire français au-delà d'un mois suivant l'expiration de ce titre
    • vous avez fait l'objet d'une condamnation définitive pour contrefaçon, falsification, établissement sous un autre nom que le vôtre
    • vous avez fait l'objet d'un retrait de votre titre de séjour ou d'un refus de délivrance ou de renouvellement de votre titre, dans les cas où ce retrait ou ce refus ont été prononcés en raison d'une menace à l'ordre public

  • Vers quel pays êtes-vous renvoyé ?
    • dans la majorité des cas, vous êtes renvoyé vers le pays dont vous avez la nationalité
    • vous pouvez désigner le pays de votre choix, à condition d'y être admissible
      Seul le pays dont vous avez la nationalité est tenu de vous accueillir.
    • le pays de renvoi doit être mentionné dans l'arrêté de reconduite ou bien dans la notification, afin de vous permettre de pouvoir le contester, notamment parce que votre vie ou votre liberté y seraient menacées, ou que vous seriez exposé à des traitements inhumains ou dégradants
    • la décision déterminant le pays de renvoi est distincte de celle décidant votre reconduite et peut faire l'objet d'un recours différent

  • Vous êtes protégé contre la reconduite ou l'obligation de quitter le territoire dans les cas suivants :
    • vous êtes étranger de moins de 18 ans
    • vous résidez habituellement en France depuis au plus l'âge de 13 ans
    • vous résidez habituellement en France et votre état de santé nécessite une prise en charge médicale et votre départ pourrait entraîner des conséquences très graves (si vous ne pouvez pas bénéficier du traitement approprié dans votre pays de renvoi)
    • vous pouvez justifier résider en France régulièrement (sous couvert d'un titre de séjour) depuis plus de 10 ans, sauf si vous avez été pendant cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant"
    • vous résidez en france depuis plus de 20 ans
    • vous êtes père ou mère d'un enfant français résidant en France et vous subvenez à ses besoins depuis sa naissance ou au moins 2 ans
    • vous êtes titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle servie par un organisme français et dont le taux d'incapacité permanente est égal ou supérieur à 20 %
    • vous êtes marié(e) depuis au moins 3 ans avec un Français ou une Française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que votre conjoint ait conservé sa nationalité française
    • vous résidez habituellement en France depuis dix ans, marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant étranger résidant habituellement en France depuis au plus l'âge de treize ans, à condition que la vie commune n'ait pas cessé depuis le mariage
    • si vous êtes ressortissant d'un Etat membre de l'UE, d'un autre Etat partie à l'EEE ou la confédération suisse ainsi que les membres de votre famille, si vous avez le droit au séjour permanent
    • si vous êtes membre de la famille d'un ressortissant d'un Etat de l'UE, d'un autre Etat partie à l'EEE ou à la confédération suisse, en cas d'entrée irrégulière en France ou d'expiration de validité du titre de séjour ou de non renouvellement du titre de séjour.

  • La notification de l'arrêté de reconduite :

    L'arrêté de reconduite à la frontière, depuis la loi du 24 juillet 2006, peut être notifié par la seule voie administrative. Concrètement, à la suite d'un contrôle d'identité sur la voie publique ou d'une démarche administrative à la préfecture.
    • dans ce cas, vous pouvez immédiatement avertir un avocat, votre consulat ou une personne de votre choix
    • que se passe-t-il alors ?
      • l'arrêté de reconduite à la frontière ne peut pas être exécuté avant un délai de 48 heures suivant sa notification
        En conséquence, vous ne serez pas immédiatement éloigné.
      • pendant ce délai, vous pouvez déposer un recours en annulation devant le tribunal administratif contre l'arrêté de reconduite à la frontière et/ou la décision fixant le pays de renvoi
      • si vous formez un recours, vous ne pouvez pas être éloigné du territoire avant que le magistrat ait rendu une décision sur votre recours (on dit que ce recours est suspensif).
      • le délai pour présenter la requête n'est pas un délai franc (on ne tient pas compte des w-e et des jours fériés). Cependant, il a été jugé que s'il expire un w-e ou un jour férié, il y a lieu d'admettre la recevabilité du pourvoi présenté le 1er jour ouvrable suivant (CE, 27/3/2000, n°212902).
      • le délai d'acheminement postal n'est pas pris en compte (CE, 7/2/94 n°140720).

  • Quels sont les recours que vous pouvez exercer ?
    Vous pouvez exercer des recours contre plusieurs décisions dont vous avez fait l'objet : contre la décision de refus de séjour, l'arrêté de reconduite à la frontière et/ou la décision fixant le pays de renvoi, les décisions concernant le cas échéant une rétention administrative, une assignation à résidence.
    Les modalités de ces recours sont différentes et ils sont plus ou moins efficaces.
    • Contre une décision de refus de séjour, vous pouvez exercer un recours pour excès de pouvoir
    • S'agissant de la rétention administrative :
      • contre le placement en rétention administrative, vous pouvez exercer un recours pour excès de pouvoir et/ou demander une assignation à résidence
      • contre la prolongation de la rétention administrative, vous pouvez exercer un recours différent
      • si vous avez fait simultanément l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière et d'un placement en rétention administrative, vous pouvez simultanément attaquer ces deux décisions suivant la procédure prévu par l'art. 22bis de l'ordonnance du 2 nov. 1945 (voir ci-dessous).
        Le Conseil d'État, par un avis du 26 mai 1995 (M. Yilmaz) a admis l'unité procédurale de ces deux recours lorsque le magistrat en est saisi simultanément. De même arrêt du CE, 9/6/2000, MORAES, n°153472. 
    • S'agissant de l'assignation à résidence :
      • vous pouvez exercer un recours pour excès de pouvoir
      • si vous avez fait l'objet simultanément d'un arrêté de reconduite à la frontière et d'une assignation à résidence, vous pouvez attaquer simultanément ces deux décisions devant le juge administratif en suivant la procédure contre l'arrêté de reconduite à la frontière prévu par l'art. 22bis de l'ordonnance de 1945 (voir ci-dessous).
        Ainsi, le tribunal administratif de Rennes a admis l'unité procédurale de ces deux recours lorsque le magistrat en est saisi simultanément (TA Rennes, 25 octobre 1996, M. Maxamed n° 962626 à 962628).
    • Le recours contre un arrêté de reconduite à la frontière et/ou la décision fixant le pays de renvoi (art. 22 bis de l'ordonnance du 2 nov. 1945 n°45-2658 - L 512-2 à L 512-5 du CESEDA - R. 776-1 à R 776-20 do code justice admnistrative)
      • quels recours pouvez-vous exercer ?
        Ce sont deux recours distincts :
        1. le recours contre l'arrêté de reconduite à la frontière :
          vous pouvez déposer un seul recours contre l'arrêté de reconduite à la frontière, si le pays de retour déterminé ne vous pose pas de difficulté
        2. le recours contre la décision fixant le pays de renvoi (éventuellement combiné avec le recours précédent)
          si vous estimez encourir des risques en cas de retour dans votre pays d'origine, vous pouvez déposer un recours contre la décision fixant le pays de destination
          • le recours contre la décision fixant le pays ne suspend l'exécution de la mesure d'éloignement que s'il est formé en même temps que le recours contre l'arrêté de reconduite à la frontière
            En conséquence, si vous vous contentez de déposer un seul recours contre la décision du pays de destination, vous pouvez être renvoyé dans votre pays d'origine.
          • nous vous conseillons donc de former les 2 recours en même temps
        3. comme vu ci-dessus, vous pouvez également attaquer l'assignation à résidence ou la décision de rétention administrative
      • quelles sont les modalités du recours ?
        • le recours est fait par écrit, en deux exemplaires
        • il doit être rédigé en français
        • il doit indiquer vos nom, prénom et adresse, ainsi que les arguments pour demander l'annulation de la reconduite et/ou de la décision fixant le pays de renvoi
        • vous pouvez envoyer un fax
        • vous pouvez également le déposer soit au greffe du tribunal administratif, soit auprès des services qui ont en charge la rétention administrative
        • le tribunal administratif compétent est celui dans le ressort duquel se situe le préfet qui a pris l'arrêté de reconduite à la frontière (vous pouvez vous renseigner à la préfecture, auprès d'une association ou au greffe des tribunaux)
        • un récépissé vous est remis : il prouve que votre recours a bien été formé dans les délais
        • à Paris, il existe une boîte avec horodateur à l'entrée du tribunal administratif : elle permet d'y déposer le recours à toute heure du jour et de la nuit en obtenant un bordereau de dépôt, qui équivaut au récépissé
        • si vous êtes en rétention administrative, vous pouvez déposer le recours auprès de l'autorité en charge de la rétention ou au greffe du tribunal lorsque vous êtes présenté au juge pour la prolongation de votre rétention
      • quels sont les délais pour exercer le recours ?
        • 48 heures suivant la notification (acte portant à votre connaissance la décision) de l'arrêté de reconduite
          • c'est la réception de votre recours qui compte, et non son envoi, c'est-à-dire que le tribunal administratif doit avoir reçu votre recours dans les délais ci-dessus
          • si le tribunal administratif le reçoit après les 48 heures, votre recours sera irrecevable
        • le délai n'est opposable qu'à la condition d'avoir été mentionné dans la notification de la décision, conformément à l'article 9 du décret du 28 novembre 1983 (et ce même si l'étranger est illettré et ne comprend pas le français).
        • les w-e et jours fériés ne prolongent pas ce délai. Cependant, il a été jugé que s'il expire un w-e ou un jour férié, il y a lieu d'admettre la recevabilité du pourvoi présenté le 1er jour ouvrable suivant (CE, 27/3/2000, n°212902).
        • d'une manière générale, pour être dans les délais requis, il est préférable soit de déposer votre recours, soit de l'envoyer par fax (c'est nécessaire les dimanche et jours fériés) plutôt que par la poste
          Vous devez conserver le bordereau d'émission du fax pour attester de la date et l'heure d'envoi (méfiez-vous tout de même du bordereau de télécopie, car il ne vaut pas preuve certaine devant la justice, puisque vous pouvez vous même régler l'heure et la date d'émission du télécopieur)
        • que se passe-t-il si votre recours est tardif ?
          • en principe, il ne sera pas examiné
          • à titre exceptionnel, le Conseil d'État a admis que certaines circonstances peuvent justifier un recours tardif.
            Par exemple : le recours d'un étranger en prison fait dans le délai auprès de l'autorité pénitentiaire, et parvenu après l'expiration du délai auprès de l'autorité administrative (CE 27 janv. 92, n°125.409, Yamasenda)
            En outre, il a été jugé que si l'arrêté de reconduite à la frontière a été notifié par lettre recommandée avec avis de réception , mais le pli contenant cette notification a été retourné avec la mention "pas de pièce d'identité à présenter" et si la pièce d'identité de l'étranger en question lui a été confisquée par les autorités, la tardivité du recours ne lui est pas opposable (CE 30/07/1997 Préfet des Yvelines c./ Djalo).
      • où déposer ou envoyer votre recours ?
        • le tribunal administratif dans le ressort duquel le préfet qui a pris l'arrêté de reconduite a son siège
        • comme vu ci-dessus, si vous êtes en rétention administrative, vous pouvez déposer votre recours auprès de l'autorité en charge de la rétention ou au greffe du tribunal lorsque vous y êtes convoqué pour que les juges statuent sur une éventuelle prolongation
        • devant les autorités pénitentiaires si vous êtes en prison
      • quels sont les documents à joindre au recours ?
        • la copie de l'arrêté préfectoral de reconduite à la frontière
        • tout document à l'appui de votre argumentation (situation familiale en France, risque dans le pays d'origine, etc)
        • Attention : gardez vos documents originaux et n'adressez que des photocopies au tribunal
      • le droit à un avocat :
        • il est possible d'être assisté d'un avocat, et si vous n'en avez pas, vous pouvez demander au président du tribunal administratif ou à son délégué de vous en désigner un d'office
        • si vous avez peu de revenus, vous pouvez bénéficier de l'aide juridictionnelle
        • le juge ne peut alors statuer sans que votre avocat soit intervenu
        • Attention : les avocats ont très peu de temps pour préparer votre défense
          • ils manquent souvent de preuves pour démontrer votre situation (pièces prouvant que vous résidez en France depuis l'âge de 6 ans, ou depuis plus de 15 ans...)
          • d'une manière générale, si vous ou votre avocat n'avez pas assez de temps, vous pouvez demander au juge un renvoi de l'affaire à un autre jour
      • quels sont les arguments pour obtenir l'annulation de la reconduite ?
        Vous pouvez l'obtenir si :
        • vous faites partie des catégories d'étrangers protégés contre la reconduite
        • en cas d'erreur de fait
        • vous êtes en situation irrégulière en raison d'un refus de séjour, vous pouvez invoquer l'illégalité de ce refus. Le refus ne doit pas remonter à plus de 2 mois, sauf s'il a fait l'objet d'un recours dans les délais
        • votre reconduite porterait une atteinte excessive à votre vie privée ou familiale en violation de l'article 8 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme (CE 29 décembre 1993 Préfet 78 - CE 8 juillet 1996 Gargari - CE 21 novembre 1994 Alrached), ou encore elle risquerait d'entraîner des conséquences d'une gravité exceptionnelle
        • l'article 3 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme, pour les demandeurs d'asile
        • vous avez déposé une demande de régularisation en cours d'examen, auquel cas le préfet ne peut prendre d'arrêté de reconduite à la frontière sans examiner votre demande de régularisation (CE 29/07/1998 Zemzem)
        • si vous remplissez à la date de l'arrété attaqué les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit même si vous n'avez pas présenté de demande (CE 6/10/2000 Bouzidi et CE 17/11/2000 Mersni).
      • quels arguments pouvez-vous invoquer pour obtenir l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi ?
        • vous encourez des risques pour votre vie, votre liberté ou votre intégrité physique dans le pays de renvoi (TA Nice 15 janvier 1998 FAZANI ; CE, 14/6/2000 n°211532 BENMOUHOUB)
        • l'article 3 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l'Homme, pour les demandeurs d'asile
        • Si le préfet conteste l'authenticité d'un document produit devant le Tribunal tendant à prouver que l'intéressé fait l'objet de poursuites judiciaires dans son pays, il doit apporter une justification ou précision à l'appui de cette contestation pour qu'elle soit retenue ; à défaut l'intéressé doit être regardé comme établissant l'existence de circonstances faisant obstacle à sa reconduite vers son pays d'origine (CE, 19/5/2000, n°211651)
        • pour obtenir l'annulation de la décision du pays de renvoi, il est utile de pouvoir montrer que vous avez entrepris des démarches en vue d'être accueilli dans un autre pays, ce qui suppose que vous ayez écrit au consulat de différents pays sûrs (États-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne, etc), pour leur demander un droit au séjour.
          Cette démarche, même si elle échoue, peut convaincre le juge de la réalité des risques encourus dans votre pays d'origine.
        • Attention : les juges sont très réticents à admettre la réalité des risques si vous n'êtes par réfugié politique
        • si le juge annule la décision portant sur le pays de renvoi mais maintient la reconduite à la frontière, vous êtes assigné à résidence le temps de trouver un pays d'accueil
      • La suspension de la décision fixant le pays de renvoi peut également être demandée, en application de l'article L521-1 du CJA (CE,14/10/02, n°243938)
      • comment êtes-vous informé de l'audience ?
        Vous êtes convoqué personnellement, même si vous avez un avocat, sinon la procédure est irrégulière.
      • comment se passe l'audience devant le juge ?
        • jusqu'au moment où votre affaire est appelée, vous pouvez déposer des conclusions ou des observations écrites (de même du préfet)
        • cependant, si le préfet ne vous donne son mémoire en réponse qu'à l'audience, le président peut vous laisser le temps d'en prendre connaissance
        • en principe, le président du tribunal administratif statue dans les 72 heures à compter du recours.
        • l'audience est publique et se déroule en votre présence, sauf si vous ne vous présentez pas
        • le lieu de l'audience peut varier : tribunal administratif ou juridiction judiciaire la plus proche du centre de rétention
        • le juge ne statue pas en robe ; il s'agit tout de même d'un véritable procès
        • vous pouvez demander l'assistance d'un interprète
        • vous avez le droit de voir votre dossier
        • vous avez droit à un avocat
        • vous pouvez demander un interprète et la communication du dossier
      • si le juge n'annule pas l'arrêté de reconduite à la frontière :
        • l'Administration peut exécuter immédiatement la mesure d'éloignement
        • si l'Administration ne peut pas vous renvoyer immédiatement (absence de  documents de voyage ou de vol à destination du pays, impossibilité de trouver un pays de renvoi), vous pouvez faire l'objet d'une mesure de maintien forcé : rétention administrative ou assignation à résidence
        • vous pouvez faire appel du jugement du tribunal, dans un délai d'un mois, devant la Cour admninistrative d'appel.
          • cet appel n'empêche pas l'Administration de vous renvoyer immédiatement
          • il faut savoir en outre que souvent la décision ne vous sera notifiée dans sa totalité qu'un ou deux mois après que les magistrats aient statué
          • il se peut que vous soyez donc déjà reparti dans le pays de retour
          • la notification de la décision aura lieu alors à votre dernier domicile en France (ou à la mairie de ce dernier domicile)
          • il vous sera donc quasiment impossible de faire appel, si vous ne gardez pas des contacts en France qui vous transmettent la décision
          • pour éviter votre éloignement du territoire français, vous ou votre avocat pouvez déposer des "conclusions de sursis à exécution" entre les mains du juge d'appel.
            • il vous faut démontrer une particulière gravité et que les moyens soulevés sont de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté de reconduite à la frontière
            • une situation familiale stable ou un mauvais état de santé nécessitant des soins réguliers peuvent justifier un sursis à exécution
            • en ce cas, vous ne serez pas immédiatement éloigné
      • si le juge n'annule pas l'arrêté de reconduite à la frontière, mais annule la décision fixant le pays de renvoi :
        • vous serez renvoyé hors de France, mais l'Administration ne peut pas le faire immédiatement
        • vous serez probablement assigné à résidence le temps que l'Administration trouve un pays de destination sûr
      • si le juge annule l'arrêté de reconduite  (ou en cas d'abrogation) :
        • vous serez mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que le préfet statue de nouveau sur votre cas ; ce même si le préfet a fait appel de la décision du tribunal
        • l'annulation ou l'abrogation n'implique pas nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré après que le préfet ait de nouveau statué sur votre cas. Il a été jugé que des conclusions d'injonction de remise d'un titre de séjour ne peuvent être accueillies (CE,19/4/2000, n°208861)
        • si vous étiez en rétention, celle-ci prend fin immédiatement
        • si la décision est devenue définitive (insusceptible de recours) vous devez recevoir une carte de séjour temporaire d'une validité plus longue ; sinon vous pouvez demander la délivrance d'un titre de séjour (sous astreinte)
        • lorsque le juge prononce l'annulation d'un arrêté de reconduite à la frontière et non celle d'une décision refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire, cette annulation n'implique pas nécessairement la délivrance d'une carte de séjour temporaire. Par contre, le préfet doit non seulement munir l'étranger d'une autorisation provisoire de séjour mais aussi, se prononcer sur son droit à un titre de séjour (DIENG, RRHIOUI, OWUSU).
      • quels sont les résultats des recours devant le tribunal administratif ?
        En 1996, sur 2.266 recours, il y a eu :
        • 1.782 recours rejetés
        • 324 annulations de reconduite à la frontière
        • 90 non-lieu
        • 16 désistements

  • Comment se passe l'exécution de la reconduite à la frontière ?
    • soit vous êtes refoulé immédiatement :
      • la reconduite peut être exécutée au bout de 48 heures après la notification de l'arrêté si elle a eu lieu par voie administrative ou 7 jours si elle a eu lieu par voie postale, dans le cas où elle n'a pas fait l'objet d'un recours, ou si le recours a été rejeté par le tribunal administratif (à moins que la décision fixant le pays de renvoi ait été elle-même annulée) ; même si vous faites appel, vous pouvez être éloigné (l'appel n'est pas suspensif)
      • la reconduite peut être exécutée par la force
    • soit vous refusez d'embarquer, et en ce cas vous risquez d'être condamné à une peine de prison
      • en ce cas, vous êtes jugé en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel
      • vous encourez des sanctions graves : vous vous exposez à une condamnation à une peine d'emprisonnement pouvant atteindre 3 ans maximum et à une interdiction du territoire pouvant aller jusqu'à 10 ans
    • soit vous êtes dans l'impossibilité de quitter immédiatement le territoire : vous pouvez être placé en rétention administrative ou être assigné à résidence. Un arrêté de reconduite à la frontière ne peut toutefois donner lieu à un placement en rétention administrative que s'il a été édicté moins d'un an auparavant. Si tel n'est pas le cas, la préfecture doit prendre un nouvel arrêté de reconduite à la frontière, contre lequel un recours sera de nouveau possible.

  • Quels sont les effets de la reconduite à la frontière ?
    • elle ne vous interdit pas de revenir en France, si vous remplissez les conditions nécessaires à une nouvelle entrée régulière
      Attention :
      vous aurez cependant des difficultés pour obtenir un nouveau visa pour la France
    • vous ne pourrez pas revenir pendant le temps de l'interdiction, si la reconduite est assortie d'une interdiction administrative du territoire

  • Quelles sont les sanctions si vous restez en France alors que vous avez fait l'objet d'un arrêté de reconduite ?
    Si vous vous êtes soustrait ou si vous avez tenté de vous soustraire à un arrêté de reconduite, si vous ne présentez pas à l'autorité administrative les documents de voyage lui permettant de vous renvoyer ou si vous lui dissimuler des renseignements nécessaires à votre reconduite ou encore si vous lui communiquez des renseignements inexacts sur votre identité
    , vous pouvez être condamné à une peine de prison pouvant aller jusqu'à 3 ans et à une peine d'interdiction du territoire pouvant aller jusqu'à 10 ans.

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Vous avez été reconduit à la frontière. Pouvez-vous revenir travailler en France ?

Oui, si vous obtenez les documents exigés pour entrer régulièrement en France, un titre de séjour si vous désirez rester plus de 3 mois, et une autorisation préalable de travail (sauf exceptions).

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L'obligation de quitter le territoire

  • Une nouvelle mesure d'éloignement a été créée par la loi du 24 juillet 2006 : l'obligation de quitter le territoire.
  • La préfecture qui refuse la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour ou qui vous refuse un titre de séjour, un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour, pour un motif autre que l'existence d'une menace à l'odre public, peut prendre une obligation de quitter le territoire.
  • Vous disposez alors d'un délai d'un mois pour quitter la France. Pendant ce délai, la décision ne peut pas être executée. Ensuite, oui.
  • Toutefois, vous êtes protégé contre l'obligation de quitter le territoire dans les mêmes cas que pour la reconduite à la frontière.
  • Recours  :
  • Vous pouvez exercer un recours dans un délai d'un mois auprès du tribunal administratif. Ce recours suspend l'execution de l'obligation de quitter le territoire, mais dans l'attente, vous demeurez en rétention administrative, en cas de placement.
  • Le tribunal administratif doit statuer dans un délai de 3 mois, sauf en cas de placement en rétention adminsitrative, auquel cas il doit statuer dans les 72 heures.
  • L'obligation de quitter le territoire n'a pas à faire l'objet d'une motivation. Il convient de se rapporter à celle du refus de séjour.
  • Si l'obligation de quitter le territoire est annulée, vous êtes mis en possession d'une autorisation de séjour jusqu'à ce que la préfecture ait à nouveau examiné votre situation.

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© Carine et Serge DIEBOLT - "Droit pour Tous" - 2008